Toudy l’ours polaire ou Toudy l’ours tempéré

Toudy vient des contrées polaires et après de nombreuses péripéties il en deviendra le roi.

Son enfance fut des plus difficiles et malheureuses comme vous le montre cet extrait du Prince des Glaces :

« La fée l’interrompit en lui prenant la patte doucement.

  • Raconte-moi ton histoire petit ours, insista-t-elle gentiment.

Il plongea son regard dans les flammes dansantes et entama son récit :

  • Je suis né l’hiver dernier au sein d’une famille qui comptait déjà d’autres jeunes ours. J’ai deux frères particulièrement gros, méchants et stupides. Ils n’ont pas tellement apprécié ma venue au monde. Nous étions très pauvres et la nourriture que la famille se partageait était déjà bien insuffisante. Mes parents m’ont trouvé petit et affreux mais je crois tout simplement qu’ils ne voulaient pas de moi. Trois jours après ma naissance, ils ont envisagé de m’abandonner mais mon frère aîné leur fit partager son idée concernant mon avenir.

Le peuple de la banquise est gouverné par le roi Balthazar et la reine Ersia. Ils font régner une grande terreur sur la banquise. Au fil des ans, ils ont dépouillé de nombreux habitants, laissant la plupart dans la misère. Ils ont toujours besoin de plus de poisson, plus de gibier, de bijoux, de trésors mais aussi de plus d’esclaves. Régulièrement, sur la banquise, des ours un peu faibles disparaissent. Tout le monde sait qu’ils ont été enlevés par « La Brigade des Gredins ». Ce sont les gardes du château de Balthazar. Ils sont chargés de toutes les tâches les plus ingrates et dangereuses.

Mon frère est allé voir le roi et lui a proposé de me vendre comme esclave. Le roi a accepté mais a demandé à ce que l’on me garde un an et que l’on me nourrisse bien. Il ne voulait pas d’un serviteur trop maigre qui s’épuiserait facilement.

Pendant un an, le roi a fait parvenir à ma famille d’importantes quantités de nourriture auxquelles je n’ai évidemment jamais touché. Ils se contentaient de me jeter une sorte de bouillie infâme qui me maintenait tout juste en vie. L’année s’est écoulée et je n’avais guère grandi. Je me sentais tout le temps fatigué et je restais le plus souvent recroquevillé dans un coin de notre grotte, transi de froid. Mon père et mes frères me donnaient des coups en se moquant de moi. Ma mère m’ignorait.

Un soir, l’un des membres de la Brigade des Gredins vint frapper à notre porte. Il demanda à me voir, rappelant à mes parents que dans quelques jours je serais transféré au palais. Mais, quand il me vit, il se mit très en colère.

  • Croyez-vous que le roi va prendre cet avorton à son service ? Il ne servira à rien. Sa majesté va être furieuse, hurla le garde.

Mes parents blêmirent. Ils expliquèrent que malgré la bonne nourriture et les soins j’étais resté petit et faible.

  • Il est plus vaillant qu’il n’en a l’air, affirma mon père. Lève-toi imbécile.

Je chancelais sur mes pattes.

- Il n’a que la fourrure sur les os, dit le garde en me considérant d’un air mauvais.

Furieux, il arpentait la grotte de long en large.

  • J’ai peut-être une solution, avança-t-il. Nous organisons tous les mois des jeux pour amuser nos souverains. Nous pourrions nous servir de cette pelure. Il pourrait sauter dans des cerceaux enflammés, se battre avec des bêtes sauvages, se déguiser en clown. L’ennui est qu’il ne vivra sans doute que quelques mois. Peu importe, au moins il servira à quelque chose.

Mes parents et mes frères applaudirent à cette proposition et tentèrent même de trouver d’autres idées pour les jeux auxquels je devrais participer. Ils proposèrent de me faire danser sur un crocodile qui me poursuivrait ensuite pour me dévorer, de me faire avaler des sabres, de m’enflammer le poil, d’organiser un combat avec un ours sanguinaire etc… Ils gloussaient tout en parlant. M’imaginer dévoré, enflammé, écorché semblait les amuser beaucoup.

Horrifié, j’écoutais leur conversation. J’étais perdu, il fallait absolument que je me sauve. Le garde finit par partir après avoir bu des quantités de liqueur de saumon épicé avec ma famille. Sans un regard pour moi, ils se mirent d’accord pour m’emmener dès le lendemain au palais puis s’endormirent dans des ronflements terribles qui firent vibrer la glace.

Tout tremblant, je me glissai à l’extérieur de la grotte et m’enfuis le plus vite possible. Mais, comme vous le savez, je n’ai pas résisté longtemps au mauvais temps et au froid.

Voilà toute l’histoire, conclut Toudy en reniflant un peu ». (Extrait du Prince des Glaces, chapitre deux).

 

Sauvé par Millie des Neiges, la fée polaire, il part vivre –après avoir accepté de se soumettre au sortilège de l’Ursida Pueri- dans le Royaume des Chats avec Belle-Minette, Olympe et Loulou, trois drôles de sorcières. Le nom de Toudy vient de la fée polaire. En effet, ses parents avaient oublié de lui donner un prénom !

  • « Je te répondrai un peu plus tard mais tout d’abord je voudrais que tu me racontes ton histoire. D’ailleurs, j’oubliai, comment t’appelles-tu ?
  • Eh bien… eh bien… comment dire…, balbutia l’ourson. C’est que je n’ai pas de nom, finit-il pas répondre.
  • Comment ça pas de nom, l’interrogea-t-elle étonnée.
  • Mes parents ne m’aimaient pas beaucoup et n’ont pas pris la peine de me donner un nom. Ils m’appelaient par des cris ou simplement me désignaient par : toi, sale ours, pelure…
  • Charmant, commenta la petite fée. Je crois que j’ai une idée. Tu es si mignon et si doux que nous pourrions t’appeler Tout Doux. Non, peut-être…peut-être…voyons, voyons…par exemple… Toudy, cela est plus joli et te va très bien.
  • Vous me trouvez mignon et doux ? répéta l’ourson blanc. Toudy… Toudy…oui, cela me plaît, clama le petit ours. Il commença à danser dans la pièce en chantant : J’ai un nom, j’ai un nom, je m’appelle Toudy, je m’appelle Toudy, j’ai un nom, j’ai un nom.

La petite fée le regarda danser en souriant. Elle était émue par la joie de ce pauvre petit ours qui semblait ne pas avoir fait l’objet de beaucoup d’amour et d’attention ». (Extrait du Prince des Glaces, chapitre deux).

 

Ce jeune ours se distingue par un appétit peu commun :

« Le petit ourson but longuement son lait et mangea une bonne dizaine de tartines. Il s’appliquait à couvrir chaque tranche de pain d’épaisses couches de confiture puis il ajoutait des fruits et mordait l’édifice en prenant garde de ne pas en répandre trop sur la table et le sol. Il n’y réussissait pas très bien. Ses pattes et son museau étaient poisseux et tout son poil était couvert de miettes brunes. De la confiture de fraise maculait son oreille droite et du miel avait mystérieusement coulé sur sa chaise si bien que son petit derrière faillit rester collé dessus ». (Extrait du Prince des Glaces, chapitre trois).

« Ils prirent place dans la Salle de Patience de la haute sphère des Enchantements. Une petite souris s’approcha d’eux. Un parfum douceâtre de pomme et de poire emplit la pièce.

  • Je vous sers un rafraîchissement ? proposa-t-elle.
  • Volontiers. Que veux-tu Toudy ? demanda Millie.
  • Eh bien…. Eh bien… Je ne sais pas…, hésita Toudy.
  • Jus de pomme, jus de poire, jus d’abricot, jus de framboise, jus d’ananas, liqueur de saumon, liqueur de thon, liqueur de gambas flambées, lait parfumé au miel, à la vanille, au caramel… énuméra la petite souris.
  • Oui, oui, tout ça, fit le petit ours enthousiaste.
  • Non, Toudy. Il faut choisir, dit doucement Millie.
  • Ah…, alors, je vais prendre… je vais prendre… un jus de framboise, non…, un jus de poire, non…, un lait au miel, non…
  • Décidez-vous, coupa la souris agacée. Je n’ai pas toute la journée devant moi.
  • Qu’allez-vous choisir ? demanda Toudy.
  • Un jus de framboise, répondit la fée.
  • C’est une bonne idée ! Moi aussi ! Je pourrais avoir un tout petit peu de lait au caramel aussi ? Juste pour goûter.
  • Bien, soupira la petite souris.

Elle fit apparaître deux verres de jus de framboise et un petit bol de lait. Toudy but les deux breuvages avec son empressement habituel et se lécha les babines avec un sourire gourmand.

Délicieux, conclut-il. (Extrait du Prince des Glaces, chapitre six).

 

Au terme de nombreuses aventures, il retournera dans les Contrées Polaires afin de prendre le pouvoir.