Harold l’Edenté

Personnage odieux qui règne sur le Cercle des Miracles du Royaume des Chats. Il exploite les jeunes chats qui y font la charité, leur donne très peu à manger et les fait dormir dans des taudis glacés l’hiver et brûlants l’été.

« Les deux jeunes chats quittèrent lentement le Cercle des Miracles et remontèrent péniblement les ruelles des Terres d’Infortune jusqu’au taudis d’Harold l’Edenté. Ce dernier recueillait tous les orphelins de ces contrées de misère. Il les faisait travailler dans des conditions épouvantables. Il leur apprenait à mendier, voler, tricher et se mettait dans tous ses états lorsque les enfants ne rapportaient pas assez d’argent à la maison. Parfois, il allait même jusqu’à défigurer ou estropier certains chatons afin qu’ils fassent de meilleurs mendiants.

  • Quand y’t’manque une patte ou qu’t’as le museau défoncé, les gens y t’donnent plus, disait-il toujours. Faut s’adapter au marché !

L’année dernière, un chaton âgé de deux mois avait été amené chez lui. Harold l’avait regardé longuement puis, d’un coup, il lui avait tordu la patte avant droite. Le chaton avait hurlé si fort que les vitres avaient tremblé.

  • Voilà ! Un boiteux, ça manquait chez nous, avait-il dit en miaulant de rire.

Le petit chat était effectivement demeuré boiteux.

Lorsque les deux jeunes chats poussèrent la porte, Harold ronflait déjà sur la table, la gueule ouverte sur des crocs pourris. La puanteur qui régnait dans la pièce était proprement insoutenable, un mélange de bois moisi, d’urine, de sueur, de crasse, de crottes de rats, de lait aigre et de viande avariée. Les enfants ramassèrent des restes de nourriture sur des étagères poussiéreuses et rejoignirent ce qui leur servait de lit. Les draps graisseux et moites les firent frissonner mais ils étaient si fatigués qu’ils ne tardèrent pas à s’endormir serrés l’un contre l’autre pour se tenir chaud. D’autres chats dormaient déjà sur des matelas défoncés ou à même le sol, enroulés dans des couvertures pour certains, dans des fragments de journaux pour d’autres. Dans un des coins de la pièce, l’on pouvait voir dans un rai de lumière, les pattes jointes en prière d’un minuscule chaton. On lui avait un jour raconté que les étoiles pouvaient exaucer les vœux. Il s’était endormi avec cet espoir ». (Extrait du Mystère du Château Perché, chapitre un)